CONTE DE NOEL

Sœur Agnese vient de nous faire parvenir ce joli petit conte de Noël. Nous vous le livrons comme nous l’avons reçu.

Il aurait pu êtrSoeur Agnesee écrit à n’importe quel moment de l’année. C’est la vie de tous les jours des enfants qui vivent dans le pays. Malheureusement le dénouement est loin de refléter le quotidien de ces gamins.

 Antsirabe-Noël 2014
Bien chers amis de partout et chacun par son nom,

    Bientôt c’est Noël et nous voudrions cette année vous offrir une histoire vraie car elle nous semble bien correspondre à  cette fête.  Beaucoup de nous  doivent se rappeler les paroles d’un chant qui disait : c’est Noël chaque fois qu’on essuie les larmes d’un enfant et j’ajoute : c’est Noël chaque fois que le sourire revient sur son visage. (Les noms propres en entier sont empruntés)
     Il y a quelques années nous avions connu à la prison Madame M. avec son fils Fidy de deux ans environ ; son mari aussi était détenu car on avait trouvé de la marchandise volée chez eux. Nous avons eu le temps de connaître Fidy : un enfant très sage, très doux, avec une maturité ne correspondant pas à son âge ! Son histoire était déjà bien douloureuse car  la maman, la vraie, après l’avoir confié à M. à cause de son travail et avoir payé les premiers mois,  a disparue en laissant à M. l’enfant. Le  mari et les enfants déjà grands ne voulaient pas du petit Fidy. M. aimait bien le petit, mais devant la pauvreté de leur famille et de son hostilité, était prête à l’abandonner.  Fidy avait déjà vécu un abandon et était très attaché à M.  Nous l’avons poussée à le garder en pensant que c’était le moins mal pour le petit.
     Peut-être que la famille a espéré recevoir de l’argent à cause de Fidy puisque nous nous étions engagées à l’aider pour qu’il puisse être scolarisé à sa sortie de la prison, où il était resté deux ans ! Nous n’en avons pas donné et le petit a commencé à être le souffre –douleur de tous ! M. a pensé bien de le confier à quelqu’un de la famille, mais cette femme avait cinq petits enfants qui n’ont pas supporté que leur grand-mère se consacre à cet ‘étranger’ ! Il est revenu chez M.  mais le mari le faisant souffrir de plus en plus, encore une fois M. l’a confié à une autre personne de la famille. Le pauvre petit est tombé de la poêle dans la braise : à 6 ans il devait faire tous les travaux de la maison, sans pouvoir aller à l’école !  Pas très loin de la maison, il y avait un cimetière et l’enfant il y allait quand il voulait rester un peu en paix : personne ne le dérangeait.  Un enfant qui joue au milieu des tombes est sans doute ‘sorcier’, pensent les gens ! C’est comme cela que, encore une fois, il a été réexpédié à la case départ.
     C’est à ce moment que M. est venue nous voir pour chercher avec nous une solution pour le petit Fidy.  Peut-être fallait-il le mettre chez les Enfants du Soleil ? Nous avions peur car, malgré tout ce qu’il avait vécu, il restait un enfant très doux. A la question : « Si un enfant te donne un poing, qu’est-ce que tu fais ? » « Je pleurs » répondait-il, jamais il aurait imaginé rendre le poing !
      Nous avons fait quand-même les démarches et il a été accepté, mais il fallait attendre la rentrée scolaire et il devait commencer à fréquenter le foyer des enfants qui venaient directement de la rue. Nous n’étions pas très satisfaites de cette solution, mais il fallait passer par là.
     Un jour une des nos sœurs a croisé dans la rue Rakoto, un monsieur que nous connaissions bien, depuis longtemps même, car lui aussi avait été un de nos amis de la prison : une personne que nous estimions beaucoup.  A sa sortie, il s’était marié dans notre quartier avec une femme  dont le mari avait été tué pendant qu’elle aussi passait deux ans au  même endroit à cause d’un frère qui avait fait plus d’un coup. Rasoa ne pouvait pas avoir d’enfant et c’était la cause qui avait failli faire échouer le mariage avec Rakoto, mais maintenant, depuis cinq ans qu’ils sont ensemble, ils avaient accepté de ne pas en avoir eux-mêmes, mais ils désiraient de tout leur cœur pouvoir en accueillir dans leur foyer.
     Nous en avons parlé entre nous, nous nous sommes donné quelques jours de prière et, étant toutes d’accord, nous avons demandé au couple s’ils étaient prêts à accueillir un enfant. Nous en avons parlé après à M.qui n’a pas accepté d’emblée  et elle a demandé quelques jours de réflexion. Quand elle est revenue avec Fidy, elle nous a dit : Oui, je pense que c’est bien, mais c’est l’enfant qui n’est pas prêt ! » Nous avons parlé avec lui : l’idée d’avoir un papa et une maman pour lui… était comme un rêve, mais il  avait déjà eu des expériences malheureuses avant qu’il ne savait pas quoi dire.
     Nous avons fixé un rendez-vous le lendemain pour une première rencontre entre tous ; nous avons parlé du temps où ils s’étaient connus au même lieu, j’ai rappelé au petit que chaque dimanche quand il venait avec M. à la Messe, Rakoto lui achetait des biscuits ou des bonbons… L’enfant l’a regardé et après un moment il lui a souri car il l’a reconnu. Après un moment nous avons dit que Rakoto serait le papa et Rasoa la maman, mais que M. continuerait de l’aimer et qu’elle viendrait le visiter et que lui aussi pouvait aller la voir ! Après cela nous avons continué de parler d’autres choses pour que l’enfant s’habitue. Tout en jouant l’enfant s’est rapproché du papa et à la fin il s’est mis sur ses genoux !!!
     Au moment de partir nous avons dit à Fidy qu’il pouvait partir  avec maman M. ou qu’il pouvait rester avec les nouveaux parents ! L’enfant s’est rapproché de maman M., il lui a pris la main et il lui a dit : je reste avec eux ! Il a donné une main au papa et l’autre à la maman et il est parti avec eux. Nous étions émues, Mme M. aussi car elle ne s’attendait pas, nous avons du la consoler un peu et lui dire que nous ne l’abandonnions pas, mais que c’était le bonheur de Fidy qu’il fallait regarder.
     L’histoire n’est pas finie car Rasoa qui travaille au grand marché d’Antsirabe en vendant des fruits, un jour avait rencontré une jeune avec un enfant dans les bras qui pleurait ! Elle s’est approché et lui a demandé si elle pouvait l’aider. La jeune, 18 ans, était de nouveau enceinte et le petit qu’elle avait dans les bras, ne marchait pas encore. Sans mari, elle habitait au marché. C’est souvent le sort de beaucoup des jeunes qui viennent de la campagne en ville pour travailler dans des familles, elles sont violées et chassées ! Elle voulait avorter, mais elle n’avait pas d’argent ! Rasoa lui a expliqué qu’elle désirait beaucoup un enfant, mais qu’elle ne pouvait pas en avoir ; si elle acceptait, elle lui offrait de venir habiter dans sa maison jusqu’au moment de l’accouchement  et si, elle était toujours décidée à abandonner l’enfant à ce moment-là, elle et son mari, auraient été heureux de l’accueillir !
     Il a fallu donc préparer Fidy au fait qu’il aurait eu bientôt un petit frère ou une petite sœur. Il fallait voir sa joie de se sentir d’un coup l’ainé. Le petit frère est né deux mois après, assez de temps pour qu’il soit à l’aise, pour qu’il ait tous les câlins dont il avait besoin, pour qu’il se sente sûr qu’il était vraiment dans une famille. On ne savait pas qui était le plus content lui ou les parents !
     Les enfants du quartier n’ont pas été toujours très sympathiques avec lui car, avant ils étaient accueillis dans la maison où ils trouvaient toujours quelqu’un pour les écouter, pour jouer avec eux ! La présence de Fidy les dérangeait et … un jour ils lui ont dit : « Tu es un enfant de la poubelle ! » et à cela voilà que Fidy répond avec beaucoup d’assurance : « Peut-être je suis un enfant de la poubelle, mais maintenant j’ai un papa et une maman et cela me suffit ».
     Il a fallu passer chez Madame le Juge des enfants pour qu’il y ait des papiers en règle : ce n’était pas facile d’expliquer la situation avec les antécédents, heureusement qu’elle connait la Fraternité et elle a fait confiance à ce que nous avons pu dire. Une vraie adoption n’est pas possible car il faudrait passer par les centres officiels   et ce n’est pas sur que les enfants leurs soient confiés. Par contre elle nous a suggéré une adoption simple pour le nouveau-né en passant par le maire de la petite commune et pour Fidy  un papier où l’enfant est confié au couple.
     C’est une joie très grande aussi pour nous en fraternité chaque fois qu’on les rencontre ou qu’ils viennent nous voir de constater  leur grande joie à tous, l’épanouissement de chacun. Fidy décoConte noeluvre ce que cela veut dire d’être dans une famille, de participer à des événements comme le « retournement des morts » où toute la famille se réunit,  d’avoir un papa qui vient le chercher à la sortie de l’école, d’avoir une maman attentive qui lui achète une paire de chaussures quand les autres commencent à être percées, de manger à sa faim chaque jour, sans devoir partager toujours l’assiette de M. de manière que ni l’un ni l’autre ait mangé assez !
     C’est cette joie qui nous a accompagnés pendant cette préparation de Noël et qui a été lumière pour certains moments difficiles que nous avons vécu ces derniers mois dans la relation avec les gens dans nos activités apostoliques. Tant de nos amis et de nos voisins ont vraiment du mal à soulever la tête, avec tant d’injustices qu’ils doivent subir et dans la  misère grandissante ! Pourquoi nous ne devrions pas partager un peu de leur peine ?
     Noël est là, la joie de la naissance de Jésus aussi, une joie réaliste qui sait  voir les nuages qui se profilent à l’horizon, tout en sachant que Lui est l’Emmanuel, le Dieu avec nous, chaque jour, avec le soleil ou les nuages et pour cela nous pouvons être dans la joie et la paix.  C’est cela que nous toutes nous vous souhaitons à chacune de vous et à vos amis
                                                           Vos petites sœurs d’Antsirabe avec les postulantes
P.S. : J’aurais voulu écrire un mot personnel à chacun, mais faute de pouvoir le faire, je me contente de vous envoyer cette histoire « vraie » de Noël de nos jours, en vous souhaitant encore une bonne et heureuse année
                                                                               PS Agnese

 

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